Le cercle est à l'honneur ce mois-ci sur artsacre.info. Nous vous proposons d'analyser la valeur et la symbolique du cercle dans les domaines des arts sacrés. Saviez-vous que le cercle a couramment une connotation magique ?
Il peut représenter un trou qui permet de communiquer avec l'enfer... Peut-être l'esprit humain était-il déjà préparé ou imprégné d'une forme primitive de la valeur universelle des trous noirs et des fontaines blanches ?
Il peut aussi évoquer le cercle magique ; ce cercle était placé au-dessus des sépultures afin d'en chasser les esprits mauvais, et d'empêcher le retour des morts. Mais en art sacré, le cercle a bien des symboliques et des signifiants variés. (dernière mise à jour le 16/02)
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C'est seulement en Égypte que le cercle est solaire, il s'agit d'un hiéroglyphe avec un cercle ocellé (intégrant un point à l'intérieur de celui-ci). D'une manière étrange ce signe se retrouve dans l'art copte (au centre de la coupole d'El-Bagaawat) et date du Vème siècle. On le retrouvera plus tard également dans l'art ostrogothique d'Italie puis en Irlande. Il faut donc ajouter à cela le fait que l'influence copte a été très prononcée en Irlande et nous comprenons ainsi le cheminement de la valeur du cercle depuis l'Orient jusqu'à l'Occident.
Toutefois, Cette forme de valeurs positives du cercle solaire n'est pas aussi étrange qu'il n'y parait. En effet les mystères dans les religions sont apparus tardivement dans l'aire de l'humanité. Ainsi, cette notion de "paradis" réservé aux initiés est liée à l'idée du stade agricole de ces civilisations. Cette croyance était propulsée par l'espérance d'une certaine stabilité dans le cycle de la vie et a fait germer dans le coeur de l'humanité l'idée d'un ordre céleste identique à celui que l'on trouve dans la nature. En effet, l'esprit humain a très rapidement saisi la relation entre le cycle naturel des saisons avec celui de la croissance des végétaux et de la reproduction animale. De fait, les manifestations visibles dans la nature sont autant "d'accidents" -du point de vue philosophique- qui permettent à l'esprit humain de mettre en évidence cette relation entre l'ordre céleste et celui de l'ordre de la nature qui seront donc tous deux logiquement représentés par ce même cercle.
La symbolique du cercle est présente dans tout le bassin oriental de la Méditerranée lorsque apparaît le christianisme. Cela a pour conséquence une imprégnation directe du paganisme avec le christianisme et une absorption/infiltration de la symbolique du cercle par la religion chrétienne. C'est à l'époque romane que l'on pourra constater avec certitude cette interaction. Cependant, il y a quelques différences subtiles entre les zones, et ces différences nous les constatons sur le terrain selon la valeur qui est donnée à la représentation du cercle. Le cercle est en effet solaire et triomphal dans la zone égyptienne. Mais il est magique et lunaire dans l'autre zone mésopotamienne. Le cercle creux était à considérer (selon la finalité du message qu'il était supposé "incarner") comme un élément décoratif, ou comme un élément symbolique. Les oves, les perles, les rosettes, des chapiteaux corinthiens et des chapiteaux composites sont en effet des éléments décoratifs. Par contre, en tant que couronnes ou auréoles ils deviennent des éléments symboliques. Le chrisme (forme de l'onction) sera très rapidement entouré d'une couronne en signe de victoire (trophaeum Christi).
Architecture :
Le cercle se retrouve naturellement dans les coupoles, notamment en Chaldée où la brique est facilement employée. Ces coupoles sont empreintes d'une signification cosmique depuis les empereurs perses jusqu'aux romains. Dans l'art byzantin ce signifié leur sera dévolu mais ensuite remplacé par la signification du Christ soleil, du Pantocrator Sol invictus. C'est l'époque de la fusion entre icônographie religieuse et cérémonial de cour.

Les romains construisent trois sortes d'édifices qui sont dédiées à des divinités chtoniennes ou à des êtres divinisés mais vivants sous la terre. Il s'agit des voûtes et des coupoles circulaires des palais impériaux, dans les thermes de purifications, ou dans les tombes des héros renfermés dans les mausolées.
Les memoriaes, puis les cryptes remplacent plus tard ces tombes des héros que l'on dénommait des "heroa". Les baptistères reprendront la forme circulaire des tholoï (qui étaient des tombes circulaires chez les Mycéniens mais des édifices ou des temples circulaires chez les grecs). Mais bientôt, les baptistères reprendront plutôt une forme octogonale, car le chiffre huit symbolise alors la vie future, ce qui va de pair avec l'idée du Sacrement de baptême : "renaître à une vie nouvelle", "lavé du 'péché' originel". Il est d'ailleurs étrange de constater que le chiffre "8", à double cercle, chiffre arabe (originaire des indes avant de parvenir aux arabes), est le seul chiffre à s'être uniformisé en occident selon les apices du moyen-âge.
Nous voyons, dans les chapiteaux auvergnats qui représentent les saintes femmes qui vont au tombeau le jour de la Résurrection, la forme identique à ces tombeaux primitifs.

La valeur du cercle à l'époque romane et l'influence de la philosophie grecque.
Si les analystes de la période romane émettent l'hypothèse selon laquelle le cercle est le symbole de l'Univers (ou de l'homme microcosme), c'est sans doute par l'influence de la philsophique grecque. En effet, Pythagore, le cercle avait une valeur universelle de beauté et de perfection (ces deux valeurs étant liées ensemble dans la philosophie grecque de cette époque, surtout avec Platon). Empédocle possède la même attirance philosophique en ce qui concerne cette valeur du cercle. Platon émettra une hypothèse sur la musique des sphères, s'appuyant sur l'observation des sphères sur lesquelles évoluent les planètes et les astres.
Au moyen-âge, le cercle est aussi influent. L'oeuf a une grande valeur, le jaune y est considéré parfois comme symbole de la terre et le blanc comme valeur du ciel. Aussi, nous ne nous étonnerons pas de l'utilisation de l'oeuf dans de nombreuses recettes artisanales (mortier étanche des citernes, préparations en peinture, etc.) Bien que les propriétés de l'oeuf soient nécessaires à ces techniques, il n'en demeure pas moins que l'utilisation de tel ou tel ingrédient est aussi lié à la symbolique parfois esothérique ou superstitieuse dans leur choix. Hildegarde considèrera le feu, l'éther et l'air dense comme étant les trois cercles concentriques. Le feu sera considéré comme celui de l'enfer (feu noir) ou,par opposition, comme étant la puissance vivifiante de Dieu (feu brillant). L'ai dense lui aussi sera considéré comme oeuvres des justes pleines de transparence et de limpidité (air acqueux), ou l'autre (air fort et transparent) renferme l'air acqueux et est une représentation de la mesure du tout. Une autre symbolique intéressante du cercle à cette époque est certainement celui de la terre. Il était à considéré que la terre ne pouvait pas glisser en son centre grâce aux éléments qui l'entourent, à la manière de l'air acqueux et de l'air fort. Ceci a sans doute donné naissance à ces rosaces à 5 cercles (un au centre et quatre qui l'entourent), où le centre est autobloqué par les quatre autres cercles.
Enfin, l'homme est au centre de l'Univers, il en est la perfection, ou plutôt le résumé de cette perfection puisqu'à cette époque l'individualisme n'existait pas. Cependant, la théorie sur la correspondance entre la physiologie organique des êtres humains et les fonctions établies entre les sphères qui composent l'Univers nous vient de cette époque. Et cette image circulaire de correspondance entre l'homme et l'univers sera parachevée dans l'histoire de l'art sacré par le Christ au tétramorphe : Christ, Dieu et Homme (3 cercles, trois pans en Jésus-Christ). Les quatres individuations animalières du tétramorphe est mis en parrallèle avec les quatre fleuves de l'Apocalypse de Saint Jean (fleuves du Paradis), les Vertus du Christ et de l'Homme (4 vertus cardinales : Prudence, justice, force et tempérance), les quatres éléments hérité de la philosophie grecque (terre, air, eau, feu), etc. C'est alors que les cercles concentriques, au nombre de trois, sont remplacés par des mandorles dans l'art sacré, autour de la figure du christ. Ceci est surtout vrai dans les autels ou sur les fresques catalanes, mais aussi sur les miniatures.
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Si vous ne l'avez pas lu, vous pouvez aussi consulter notre dossier sur la symbolique de l'aigle dans l'art sacré.



