En sculpture, l'art brut n'est pas forcément lié à la seule expression inconsciente de l'artiste, mais bien plutôt à la mise en lumière dans un morceau de bois d'une figuration préfigurée dans le volume et la forme particulière de ce morceau de bois généralement trouvé dans la nature. La sculpture étant un art d'évider pour former, de supprimer la matière pour faire apparaitre la forme, il ne peut y avoir, comme en peinture ou dans tout autre art qui fait appel à l'ajout de matière pour se faire oeuvre, une mise en forme libre et délibérée du seul artiste. Le bois a son mot à dire, en ce sens qu'il impose ses contraintes, ses limites, son expression propre en tant que vivant. De ce fait, dans la sculpture d'art brut, il y a rencontre et fusion de deux sujets : l'arbre et le sculpteur. On ne peut donc à partir de là identifier l'oeuvre comme étant seul ouvrage de l'artiste, mais aussi et bien plutôt ouvrage de l'arbre mis en lumière par l'artiste. Ainsi, nous comprenons la relation spécifique qui s'établit entre la matière vivante et celui qui la libère de ses excès pour la mettre en forme volumétrique à l'expression non pas nouvelle mais libérée, mise en lumière, éclatante à tous regards. Quelques coups de ciseaux suffisent parfois (souvent même) et il peut arriver qu'aucun outil ne soit utilisé mais que le bois ne demande qu'à être mis en valeur par sa seule exposition.
Cette souche se prête à merveille pour l'élaboration du portrait animalier d'un hôte connu de nos bois : le sanglier qui, ici, semble avoir marqué l'inconscient de l'arbre qui se reflète sur le support de sa mémoire qu'est le bois.
