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Situation forestière de la France avant la révolution de 1789. |
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Page 5 sur 10 PROVINCES DU CENTRE ET D'ENTRE SEINE ET LOIRE : Forêt d'Orléans; le Gâtinais. - Pays chartrain; le Drouais et le Dunois. - Forêts du Vendômois et du Blésois. - Touraine; Azay-le Rideau. - La forêt de Bort et l'abbaye de Fontevrault. - Maine et Anjou ; la forêt du Mans et le roi Charles VI.
A l'époque où les Romains conquirent la Gaule, le territoire compris entre la Seine et la Loire était couvert d'un immense massif forestier, qui englobait le Sénonais, le Vendômois et le pays chartrain. Le morceau capital de ce massif était la forêt d'Orléans, de laquelle se détacha très anciennement la forêt de Montargis. Les Romains avaient déjà pratiqué de grandes trouées dans la forêt d'Orléans pour l'établissement de plusieurs voies de communication. Plus tard, au Xème siècle, quelques villas royales furent construites dans ses divers cantons et contribuèrent pour leur part à l'accroissement des clairières. Dès le commencement du moyen âge, cette forêt avait été rattachée au domaine royal, dont elle était une des plus riches fractions, en raison de son énorme étendue constatée par les « comptes de saint Louis » et par divers documents du XIIIème siècle. Les relevés d'arpentage du XVIème siècle lui attribuèrent 140.000 arpents, et, s'il faut en croire Rabelais, sa longueur était de trente-cinq lieues contre dix-sept de largeur. Mais le percement de nouvelles routes nécessita des abatis considérables ; puis, sous les derniers Valois, des coupes abusives furent faites surtout dans la partie septentrionale de la forêt. Bref, au XVIIème siècle, la contenance était réduite à 70.000 arpents environ. Du XIVème siècle jusqu'au XVIème, les rois y chassèrent fréquemment, et François Ier fut un de ceux qui la fréquentèrent le plus dans ce but. Le territoire du Gâtinais a été conquis par défrichement sur les forêts d'Orléans, de Montargis et de Bière (Fontainebleau). Au nord-ouest, la forêt d'Orléans rejoignait primitivement la grande forêt gauloise des Carnutes. Mais celle-ci ne subsista pas jusqu'au moyen âge ; à cette époque, elle n'était déjà plus représentée que par des bois clairsemés de la Beauce et du Drouais (Dreux) ; par la suite, ces vestiges même disparurent, et cette région resta dénudée, telle que nous la voyons aujourd'hui. Les noms de beaucoup de localités rappellent que ce pays fut anciennement boisé. Dès le XIème siècle, le Drouais était presque entièrement défriché. A l'époque gallo-romaine, on avait construit entre Dreux et Paris une chaussée, qui nécessita de nombreux abatis, et depuis lors le déboisement ne s'arrêta plus. Au XIIIème siècle, la forêt de Gault était réduite aux proportions d'un boqueteau sans importance. Les forêts de Dreux, de Lorges, de Châteauneuf et la forêt Yveline ont été les derniers lambeaux de la vieille forêt carnute. Dans le Danois, la forêt de Fréteval, autre débris de cette même zone boisée, faisait face, sur les bords du Loir, à la forêt de Marchenoir, qui existe encore ; elle se reliait aussi au réseau forestier du Vendômois, où se trouvait la belle forêt de Gatines, qui se prolongeait vers le sud et qui rejoignait sur les confins de la Touraine la forêt de Blémars. Les forêts de Blois et de Boulongne, dans le Blésois, se rattachaient originairement à celles d'Orléans et des Carnutes. La forêt de Boulongne existait encore sous le règne de Charles IX. Celle de Blois fut démantelée en partie par Charles d'Orléans, père de Louis XII, qui employa le bois à construire des habitations pour ses officiers et pour les bourgeois de la ville. Un comte de Blois fit construire dans le XIème siècle, au nord de ces forêts, une maison de chasse sur l'emplacement de laquelle fut édifié plus tard le château de Chambord. La Sologne ne paraît pas avoir eu d'importance au point de vue forestier. Le Berry n'était pas non plus et n'est pas devenu un pays sérieusement boisé ; il renfermait pourtant un certain nombre de forêts, dont les plus importantes étaient situées dans la région de Châteauroux. On trouvait là, par exemple, la forêt Thibaut, les forêts du Berger et d'Argenton, puis une série de grands bois entrecoupés d'étangs. Près d'Issoudun, on remarquait, au moyen âge, la forêt de la Chèvre. La forêt de Vierzon fut celle qui résista le plus aux causes de destruction, les mêmes en Berry que dans les autres provinces. Les forêts de Brione, de Brouart et de la Tonne formaient primitivement une marche entre les Bituriges et les Turones ; une autre marche formée par la sylva caput cervinum séparait les Bituriges des Pictaves. Une voie romaine, allant de Bourges à Limoges, traversait cette dernière forêt. Au moyen âge, la sylva caput cervinum se nomma la forêt de Sacerge.
Les forêts de la Touraine se maintinrent très longtemps dans de bonnes conditions ; elles comptaient jadis parmi les plus belles de France. Les principales étaient les forêts de Chinon, d'Amboise, de Bréchenay, de Bois-Oger, de Plante, de l'Épinat ; de Loches, de Preuilly, de Beaumont, de Chenevose, de Bort, de Bourgueil, de Château-Renault et de Blémars. Les petites villes d'Azay-le-Rideau et de Montbazon ont été fondées dans deux clairières de la forêt de Chinon, qui se développait entre la Loire, la Vienne et l'Indre. En 1669, cette forêt contenait encore près de 7.000 arpents ; elle était originairement beaucoup plus étendue, mais à partir du XIème siècle plusieurs bois secondaires en avaient été détachés. Il est fait mention de la forêt de Loches dans les documents des XIIème et XIIIème siècles ; elle était alors très importante. Au XVIIème siècle, sa contenance était encore de 5.000 arpents. L'Indre la séparait de la forêt de Preuilly, qui rejoignait les bois du Poitou. La forêt de Chenevose a disparu depuis des siècles, mais celle de Beaumont reste représentée par de grands bois. C'est dans la forêt de Bort que fut fondée, à la fin du XIème siècle, la célèbre abbaye de Fontevrault. Au nord, les forêts de la Touraine se rattachaient à celles du Blésois et du Vendômois.
Primitivement, le Maine et l'Anjou furent très boisés ; mais, au commencement du moyen âge, les ermites et les moines soumirent les forêts de ces deux provinces, principalement celles de l'Anjou, à un tel régime d'exploitation à outrance, que certaines d'entre elles ne tardèrent pas à disparaître ; les autres, tout en résistant mieux, eurent sérieusement à souffrir. Dans le Maine, on mentionnait au moyen âge, sans compter les bois de moindre importance, les forêts de Charme, du Mans, de Longaunai, de Bercé, de Vibraye, de Perseigne, de Bonnétable, de Sillé, d'Andaine, de Pail et de Monnaie. C'est dans la forêt du Mans que le roi Charles VI fut frappé de folie. Cette forêt a disparu peu à peu, comme celles de Charnie, d'Andaine et de Longaunai, presque sans laisser de traces. La forêt d'Andaine, voisine de Domfront, est mentionnée dans un acte de l'année 1026. Les forêts de Perseigne et de Bercé appartenaient au domaine royal ; cette dernière est citée dans un document de 1196. Beaucoup de « lieux-dits » rappellent à quel point l'Anjou fut boisé. L'ancien massif gaulois, bientôt morcelé, avait été remplacé par un grand nombre de forêts distinctes. Les documents de diverses époques ont signalé dans le nombre les forêts de Bécon, de Chollet, de Longeroü, de Chambiers, de Beaugé, de Nyoiseau, de Craon, de Beaufort, d'Ombrée, de Chandelais, de Belle-Poule, de Durtal et de Brissac. La forêt de Malpayre est un reste de la forêt de Durtal, qui était beaucoup plus importante au XVIIème siècle, et qui servait de limite entre le Maine et l'Anjou. Les forêts de Nyoiseau, de Craon et de Brissac, disparues anciennement, n'ont laissé comme vestiges que des lieux-dits. En 1575, la forêt de Belle-Poule était réduite à rien. La forêt de Beaufort était très belle au XIème siècle, lorsque les moines commencèrent à la saccager ; au XIVème siècle, elle était réduite des deux tiers. En 1567, elle ne dépassait plus le chiffre de 1.700 arpents ; de 1790 à 1795, elle a fini de disparaître. En 1668, au moment de la réformation, la forêt de Chandelais comprenait encore 6.435 arpents, dont 3.540 de vieilles futaies. Du XIIIème siècle jusqu'au XVème siècle, les forêts du Maine et de l'Anjou fournirent aux rois de France et aux seigneurs des deux provinces de magnifiques réserves de chasse, aussi giboyeuses que pouvaient le souhaiter les plus passionnés veneurs.
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