arbre sculpture
Accueil arrow Réflexions arrow Culture arrow Situation forestière de la France avant la révolution de 1789.
Situation forestière de la France avant la révolution de 1789. Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Index de l'article
Situation forestière de la France avant la révolution de 1789.
Jean Rouvet et le flottage
Picardie, Artois, Flandre
Provinces du Nord Est
Provinces du Centre et d entre Seine et Loire
Provinces de l Ouest
La forêt de Rouvray
La forêt de Brotonne
Les forêts normandes
La Bretagne

PROVINCES DU NORD-EST : Forêt des Ardennes. - Lorraine et Barrois. - Forêts des Vosges. - Alsace. - Champagne; la forêt de Der et saint Berchère. - Bourgogne; mines de fer et culture de la vigne. - Morvan. - Bresse châlonnaise. - Franche-Comté.

Dans le nord-est, la forêt des Ardennes n'avait plus au moyen âge les dimensions colossales qu'elle présentait lors de la conquête ro­maine. Les essartements avaient séparé de la forêt mère, en maints cantons, des forêts secondaires d'une notable étendue, comme les forêts de la Fagne et de Mortagne, citées par les chartes du XIIème siècle. A la fin du XVIème siècle, la forêt de Mortagne, dans le diocèse de Namur, présentait encore une étendue de 14.000 arpents environ.
Les défrichements n'empêchèrent pas la forêt des Ardennes de rester, pendant plusieurs siècles, la grande forêt de France par excel­lence. C'était elle que mentionnaient de préférence les chansons de geste et les légendes populaires. Les trouvères l'ont assignée, comme théâtre, aux infortunes de la vertueuse Genièvre de Brabant.
De nombreuses abbayes furent fondées dans cette forêt ; des voies romaines et d'autres routes d'origine plus récente la traversaient. Dans ces conditions, il était difficile que les éclaircies ne se multipliassent pas. Cependant toute cette région, particulièrement le pays messin, a conservé très longtemps son aspect forestier.
Les territoires de Nancy, de Toul, de Verdun et du Barrois com­prenaient une zone boisée, désignée primitivement sous le nom gé­néral de forêt d'Argonne, que mentionnent certains documents du Xème siècle. Ce massif de bois servait en grande partie de frontière entre la Champagne et la Lorraine. Les défrichements, qui se succédèrent du VIIème au XIIème siècle, détachèrent de l'Argonne les forêts de Dieulet, de Brieulle, de Hesse, de Souilly, etc. La forêt de Sainte-Menehould, qui en provenait également, était encore importante à la fin du XVIème siècle.
Malgré les éclaircies pratiquées pendant plusieurs siècles, cette contrée était restée tellement boisée, qu'une déclaration royale de 1682 dispensa les habitants d'observer les règles prescrites par l'ordon­nance de 1669 pour la coupe et l'exploitation des bois. Cette excep­tion avait pour but de favoriser la création de nouveaux villages aux dépens du domaine forestier.
Le territoire de l'évêché de Nancy était le moins boisé de toute cette région.

Au moyen âge, la chaîne des Vosges était garnie d'épaisses forêts, partout où le sol était propice à la végétation arborescente. Le hêtre et le sapin abondaient sur les massifs rocheux du Rossberg, du Hoh­neck, des ballons d'Alsace et de Guebwiller. Là, les clairières dépen­daient surtout de la nature géologique du sol formé, par places, de grès bigarré peu propre à la croissance des arbres. A partir du XVème siècle, les forêts vosgiennes commencèrent pourtant à s'éclaircir comme les autres ; au XVIème siècle, elles eurent beaucoup à souffrir de la guerre des Paysans.
Ces forêts des Vosges, celles de l'Alsace et de la Haute-Lorraine sur la rive gauche du Rhin formaient, avec la Forêt-Noire sur la rive droite, une grande marche boisée, qui séparait primitivement les pays de race celtique des pays de race germanique.
Au moyen âge, beaucoup de forêts de l'Alsace et de la Lorraine étaient la propriété commune d'un groupe de villages ; une règle uni­forme était adoptée pour la gestion et l'administration de ce domaine commun. Ce régime donnait, en général, de bons résultats. Certaines fractions de la grande forêt vosgienne appartenaient à des abbayes.
Malgré de grands déboisements effectués à diverses époques, l'Al­sace a toujours été une des contrées les plus forestières de la France.
La forêt de la Hartt, la plus importante de cette province, couvrait vingt-deux lieues de pays entre Bâle et Markolsheim. Les guerres de la Révolution française ont été désastreuses pour les forêts alsaciennes.

Image Active
Dolmen dans une forêt d'Alsace


Jusqu'au siècle dernier, la Champagne fut une des provinces les mieux boisées du royaume de France ; le chêne, le hêtre et le charme abondaient dans ses riches futaies. Cependant de grands défriche­ments eurent lieu dès le XIIème siècle ; ils étaient nécessités par les exigences du commerce et de l'industrie, qui prirent de bonne heure un remarquable développement dans cette province. En outre, les ab­bayes exercèrent aussi leur action. La petite ville de Montierender, par exemple, marque aujourd'hui l'emplacement sur lequel saint Ber­chère, en 672, fonda un monastère au centre de la forêt de Der. L'abbaye prospéra, mais la forêt alla s'amoindrissant ; c'était la règle en pareil cas.
Les plaines occupaient surtout le centre de la province ; les forêts en garnissaient le pourtour. Les plus importantes de ces forêts étaient celles de Perthes, de Val-en-Bassigny, de la Traconne et de Passa­vant. Cette dernière était située sur les confins de la Champagne et de la Lorraine. La partie de la province avoisinant la Brie fut déboisée de bonne heure ; diverses chartes font connaître que dès la fin du XIème siècle plusieurs forêts avaient disparu totalement ou en partie, notamment celles de Jouy, de Clairvaux, d'Orient, d'Othe et de Chaource. Quelques-unes n'ont laissé pour tous vestiges que les noms des villages fondés sur leurs anciens emplacements.
La forêt de la Traconne, dans la Champagne pouilleuse, appartenait au domaine royal ; en 1663, sa contenance était évaluée à 7.000 ar­pents environ. La forêt de Passavant présentait à cette date une étendue de 10.000 arpents ; la forêt de Perthes était alors réduite à 800 arpents, mais celle de Val en possédait encore près de 7.000.

La Bourgogne, le Nivernais et le Morvan ont été de tout temps et sont restés très boisés ; le Morvan surtout présente assez exactement l'aspect forestier de l'ancienne France. En Bourgogne, les premiers défrichements furent exécutés par les moines ; plus tard l'alimentation des forges nécessita de nouveaux déboisements. L'exploitation des mines de fer ne contribua pas peu à la destruction d'une partie no­table des futaies bourguignonnes. Au nord, la Bourgogne était sé­parée de la Champagne par une marche boisée, qui comprenait entre autres les forêts d'Hervaux, de Maulne, de Bar, de Fretoy, dont il ne reste guère que le souvenir.
Vers Dijon, la culture de la vigne fut, dès une époque très reculée, la cause de vastes défrichements. Les chartes les plus anciennes men­tionnent les vignobles de cette région. Dans la partie méridionale de la province, les défrichements les plus sérieux ne remontent guère au delà du dernier siècle ; ainsi les forêts de l'abbaye de Cluny furent respectées jusqu'à cette époque. La situation forestière de la région d'Autun ne semble pas avoir subi de modifications importantes depuis le moyen âge. Du reste, les Bourguignons étaient fiers de leurs forêts et veillaient volontiers à leur conservation.
Dans le Morvan, la grande forêt de Saint-Germain, ravagée dès le XIIIème siècle par les usagers, disparut complètement ; mais d'autres massifs importants résistèrent mieux aux causes de destruction, no­tamment les forêts de Châtillon et de la Gravelle, la forêt au Duc, etc. La création de nombreuses forges dans le Morvan et le Nivernais fut une autre cause de déboisement ; en outre, le commerce du bois devint promptement considérable dans cette région après qu'on y eut adopté la pratique du flottage. Malgré ces conditions peu favorables, cette partie de la France est une de celles où le domaine forestier s'est conservé le mieux.
La Bresse châlonnaise, entre la Seille et le Doubs, possédait pri­mitivement de riches forêts , qui séparaient la Bourgogne de la Franche-Comté. Ces forêts en sont venues, par une série de réduc­tions, à n'être plus représentées que par les bois de la Marche, de Savigny, de Malvèvre, etc. La transformation de ces cantons fores­tiers en d'excellentes plaines de culture remonte à une époque fort ancienne, tout à fait au début du moyen âge.
Les magnifiques forêts de la Franche-Comté subsistèrent en partie jusqu'au siècle dernier. Cette province a présenté, d'ailleurs, de cu­rieuses alternatives : défrichée largement lors de la conquête romaine, elle était entièrement reboisée dans les premiers temps du moyen àge ; puis les guerres et l'extension inconsidérée des droits d'usage amenèrent de nouveaux déboisements. Quelques forêts disparurent ainsi complètement, entre autres une importante, qui s'étendait de Dôle à Auxonne et servait de frontière entre la Bourgogne et la Comté. Au XVème siècle, on s'avisa tardivement de réglementer l'exploitation de ces bois et de restreindre un peu les droits d'usage. Ces mesures n'empêchèrent pas la région de Poligny d'être presque entièrement dégarnie de ses bois au XVIème siècle. Il est vrai que les vignobles avaient en grande partie remplacé les futaies.



 
< Précédent   Suivant >
Copyright 2008 Nidauzel Art Sacré - all rights reserved for all countries.