arbre sculpture
Accueil arrow Réflexions arrow Culture arrow Situation forestière av. révolution de 1789 (part.2)
Situation forestière av. révolution de 1789 (part.2) Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Index de l'article
Situation forestière av. révolution de 1789 (part.2)
La forêt de Rouvray...
Forêt de Brotonne...
Forêts normandes...
La Bretagne

La Bretagne


Sur certains points, le sol de la Bretagne se prête mal à la culture forestière ; les parties les mieux boisées de la province étaient celles qui confinaient à la Normandie, au Maine et à l'Anjou. Dans cette région frontière, une grande marche, située entre l'Erdre et la Villaine, comprenait les forêts de Juigné, d'Araise, d'Ombrée, de la Guerche et de Pertre. La chaîne des collines d'Arrée fut aussi richement boisée dans des temps reculés ; mais les besoins de la culture et du chauffage poussèrent à l'abus du défrichement, et la dénudation du sol fut le résultat final d'une exploitation inconsidérée.

Primitivement la célèbre forêt de Brocéliande ou de Bréchéliant divisait presque entièrement la presqu'île armoricaine en deux parties, l'une au nord et l'autre au sud. Nos crédules aïeux en faisaient la demeure préférée de l'enchanteur Merlin et d'une population nombreuse de fées, de korigans, de gnomes et de lutins ; à les en croire, cette forêt était par excellence une officine redoutable d'enchantements et de maléfices. Encore aujourd'hui, certains paysans bretons n'oseraient pas affirmer le contraire. Malgré cette renommée quelque peu diabolique, la forêt de Brocéliande n'eut pas moins à souffrir que les autres ; à partir du VIIe siècle et jusqu'au XIIe, de nombreuses abbayes s'y implantèrent, notamment celles de Saint-Méen, de Plélan, de Gaël, de Paimpont et de Bosquien. Au XIe siècle, la forêt servit aussi de retraite à de nombreux ermites.

Le démembrement de la grande Brocéliande a produit les forêts de Loroux, de Catelun, de Coulon, de Saint-Méen, de Loudéac et de Coët-Lorges, qui ne tardèrent pas elles-mêmes à s'amoindrir. Ainsi la forêt de Loudéac, à laquelle on attribuait en 1460 une superficie de 40,000 arpents environ, n'en avait plus que 5,000 au commencement du XVIIIe siècle. Entre Lanmor et Lamballe, la forêt de la

Hunaudaye, où fut fondée l'abbaye de Saint-Aubin-des-Bois en 1137, provenait aussi du morcellement de la Brocéliande.

 Image Active

Une ronde de korrigans dans une forêt bretonne.


Aujourd'hui la ville de Dinan occupe l'emplacement de l'ancienne forêt de Faigne.

Les environs de Rennes étaient très boisés au moyen âge ; on y comptait les forêts de Rennes et de Liffré, confondues en une seule à l'origine, mais séparées plus tard par une vaste lande ; les forêts de Teil et de Fougères, anciens centres du culte druidique; la forêt de Ville-Gardier qui, par exception, n'eut pas à subir de réductions bien sérieuses depuis le XIIIe siècle.

En basse Bretagne, les forêts de Camors, de Louvaux et de la Nouée furent très éclaircies pendant le moyen âge ; la forêt de Puzarlès, sur les confins de l'Anjou, et celle de Héric, importantes au XIIe et au XIIIe siècle, étaient réduites à peu près à rien vers le milieu du XVIIe siècle. Les forêts de Gavre et de Torfou n'étaient pas moins détériorées lors de la réformation prescrite par François Ier en 1544. Toutes avaient été saccagées à outrance par les « usagers ».

La forêt Nantaise, qui s'étendait jusqu'aux environs de Machecoul et de Clisson, et la forêt de Saffré se conservèrent mieux. En revanche, sur le littoral sud de la Bretagne, plusieurs forêts, parmi lesquelles celles de Carnoët et de Coëtloux, furent complètement détruites au moyen âge. Le même sort atteignit une zone forestière située entre l'Aulne et l'Élorn ; il n'en resta pour tout vestige que la petite forêt de Crannon.

Beaucoup de lieux-dits, dont le nom commence par le radical Coat ou Coët, rappellent en Bretagne l'existence des bois d'antan. L'incurie des habitants et aussi la pénurie de capitaux chez les propriétaires ont toujours été pour cette province des causes actives de déboisement ; mais dans bon nombre de localités la disparition complète des bois ne remonte pas à plus de cent ans. Presque partout la lande a remplacé les bois.

Certaines parties du Poitou ont eté défrichées très anciennement ; d'autres, au contraire, ont conservé leur richesse forestière plus ou moins intacte jusqu'à nos jours.

Dans la région des Sables-d'Olonne, la forêt de la Garnache, signalée dans un acte de 838, et la forêt d'Orbestier disparurent toutes deux avant la fin du XIVe siècle ; elles furent défrichées principalement par les moines. Entre Aizenay et Talmont, les prés, les vignes et les cultures de céréales remplacèrent de très bonne heure la plus grande partie des bois. Auprès de Montmorillon, la forêt de Mareuil, qui appartenait depuis 1356 aux évêques de Poitiers, perdit aussi beaucoup de son étendue à partir du XVe siècle et finit par être réduite à de très modestes proportions. De même, les forêts de Chantemerle, de Montcoutant, d'Aubigny, de la Ferrière et d'Hautun, détachées anciennement du massif de la Gâtine, se sont progressivement amoindries.

De même encore pour les forêts de Moulières, de Dine et de Brosse (région de Parthenay), mentionnées dans les comptes de saint Louis, et qui se trouvèrent très réduites lors de la réformation du XVIIe siècle. Seule, la forêt de Châtellerault avait conservé son importance.

Le bocage poitevin, surtout vers l'est, a mieux gardé son antique aspect forestier. La forêt de Mérevaut y était renommée pour la beauté de ses futaies de chênes et de châtaigniers. Dans la région de Bressuire se trouvaient les importantes forêts de la Fougereuse, d'Étusson, de Saint Porchaire et d'Oiron. La forêt de Tusson, sur les confins de l'Angoumois, s'est moins bien conservée que les autres.

Dans la partie méridionale de la province, les forêts de l'Hermitain, de Chef-Boutonne, d'Aulnay et de Chizé, les grands bois de Melle, de Saint-Léger et de Celles provenaient du morcellement de l'ancienne marche gauloise des Pictaves et des Santons. Lors de la réformation de 4669, les forêts d'Aulnay et de Chizé mesuraient encore l'une 4,000 et l'autre 7,000 arpents ; elles étaient renommées pour la longévité de leurs chênes.

A suivre... Prochainement : les provinces du Centre et du Midi.



 
< Précédent   Suivant >
Copyright 2008 Nidauzel Art Sacré - all rights reserved for all countries.