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Page 5 sur 9 Lettre du Maréchal Vaillant sur ce sujet : D'ailleurs, ces mêmes phénomènes, constatés occasionnellement, n'ont pas laissé que d'impressionner de nos jours des hommes instruits, des savants, chez lesquels l'imagination reste habituellement subordonnée au contrôle de la raison. L'histoire est curieuse : vers 1853, le botaniste Gaudichaud venait de publier ses intéressantes Recherches sur l'écoulement de la sève. A ce propos, le maréchal Vaillant lui écrivit la lettre suivante, qui a été insérée dans les Comptes rendus de l'Académie des sciences : « L'expérience sur le peuplier creusé à diverses profondeurs avec une tarière m'a rappelé ce qui m'est arrivé en Afrique au mois de septembre ou d'octobre 1838. Faisant couper de gros chênes-liège pour avoir des palissades, nous fûmes non seulement surpris, mais réellement comme épouvantés, d'entendre sortir de ces arbres, lorsque la hache des sapeurs arrivait jusqu'au canal médullaire, des gémissements si forts, si plaintifs, si semblables à des sons humains, que notre coeur de soldat en fut tout impressionné. « Je doute que votre peuplier se soit plaint d'une aussi piteuse manière. En même temps, il sortait de nos pauvres arbres blessés un peu de liquide rougeâtre, mêlé de bulles de gaz, et chassé avec force au dehors, pendant tout le temps que duraient les gémissements. « Cette circonstance de ma vie d'Afrique me remit en mémoire ce que j'avais lu dans la Jérusalem délivrée. Les croisés se mettent à abattre une forêt enchantée, forêt dans laquelle les arbres recèlent des nymphes ou sorciers qui les ont pris pour asile. Les croisés reculent épouvantés en entendant les plaintes lamentables qui s'échappent de ces troncs d'arbres entamés par la cognée des soldats chrétiens. Il est probable qu'elle frappait des chênes-liège. « Ainsi cette fable du poète a sa partie vraie ; et, je vous assure que si, au lieu d'être en Algérie au XIXe siècle, nous y eussions été au XIIIe, avec la superstition de ce temps, et si l'on nous avait dit que les plaintes que nous entendions étaient des gémissements humains provenant de sorciers ou sorcières renfermés dans les arbres que nous charpentions, et que le liquide rouge était leur sang, nos palissades auraient bien pu rester inachevées. » Cette historiette montre que certaines superstitions peuvent être excusables chez la masse populaire ; mais ce n'est pas une raison pour les laisser se perpétuer. La vérité ne doit jamais perdre ses droits ; d'ailleurs, elle a bien aussi son charme particulier, même dans l'ordre des faits scientifiques. En Gaule, le chêne a toujours été l'arbre vénéré par excellence. C'est au fond des forêts de chênes que se célébraient le culte des druides et la grande fête du gui, fête à la fois religieuse et politique. Le centre de la puissance des druides était dans la région de Dreux ; cette ville doit évidemment son nom aux forêts de chênes qui garnissaient encore au temps de César la plus grande partie du pays chartrain, fines Carnutum. Le chêne d'Antein, dans la forêt de Sénart
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