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Page 1 sur 9 Dossier spécial. Quelques chênes remarquables par leur taille ou leur âge. - Autres arbres célèbres en France. - Culte des arbres chez les anciens. - Divinités païennes des bois. - Superstitions ayant pour point de départ un fait naturel de végétation. - Une lettre du maréchal Vaillant sur ce sujet. - Vénération superstitieuse des populations primitives pour les grands arbres. - Ce sentiment chez les Gaulois. - Sa persistance jusqu'après l'expansion de la religion chrétienne. - Le sentiment de la nature chez les modernes. - Poètes et écrivains. - Beauté pittoresque et charme des bois. - Impression religieuse produite par l'aspect d'une grande forêt.
Placés dans des conditions favorables de terrain, d'exposition et de climat, certains arbres peuvent vivre pendant une longue série de siècles. C'est ainsi que, çà et là, quelques arbres des vieilles forêts de la France, datant du moyen âge et peut-être même de plus loin encore dans le passé, sont parvenus à subsister jusqu'à notre époque. Entourés d'une végétation plus jeune de quelques siècles, ces représentants du vieux temps sont, pour ainsi dire, les patriarches de nos forêts. La population les connaît et les aime, tout en leur accordant une sorte de vénération superstitieuse. Dans la plupart des cas, ces sentiments ont suffi pour protéger pendant plus ou moins longtemps des atteintes de la cognée ces superbes vétérans du règne végétal. Le chêne a été par excellence l'arbre des Gaulois ; c'est presque toujours cette essence qui fournit les plus remarquables exemples de longévité et de dimensions colossales. Dans la plupart des anciennes forêts de la couronne, les paysans montraient encore, il n'y a pas cent cinquante ans, des « chênes royaux », auxquels se rattachaient des souvenirs historiques et dont l'aspect extraordinaire certifiait le grand âge. L'habitude de n'exploiter les futaies qu'à des révolutions très longues favorisait la multiplication de ces arbres magnifiques dans le domaine forestier de la couronne. Les futaies royales étaient généralement aménagées à cent cinquante et même à deux cents ans. Les arbres remarquables ainsi conservés servaient, dans les chasses royales, à marquer les repères, les quêtes ou les relais.  Chène d'Allouville Beaucoup de gens ont connu le chêne de saint Louis dans la forêt de Vincennes ; la tradition assurait que le bon roi s'était souvent assis sous son ombrage pour rendre la justice à tout venant, au plus humble manant comme au fier baron. Dans la forêt de Compiègne ; le chêne de Saint-Jean passe pour remonter à une haute antiquité. Sur la colline Sainte-Anne, près de Châtillon-sur-Seine, on trouve un chêne âgé de huit siècles ; il passe pour avoir été planté en l'an 1070, du temps des premiers comtes de Champagne. Les futaies de la Grande-Tillaie et du Gros-Fouteau, dans la forêt de Fontainebleau, sont plantées d'arbres gigantesques, dont quelques-uns portaient des noms significatifs : le Goliath, le Pharamond, le Majestueux. On peut citer encore bon nombre d'autres chênes non moins respectables : le chêne d'Allouville, près d'Yvetot, présentait douze mètres de circonférence, et on lui attribuait neuf cents ans. Dans le tronc creusé par le travail des siècles, le curé d'Allouville avait fait disposer, il y a un peu plus de trois cents ans, une chapelle consacrée à la sainte Vierge ; cette chapelle, soigneusement lambrissée, avait sept pieds de diamètre. Au-dessus d'elle se trouvait un petit ermitage auquel on accédait par un escalier qui contournait le tronc. Cet édicule se terminait par un toit en pointe surmonté d'une croix qui s'élevait au-dessus du feuillage ; comme pour sanctifier le vénérable débris des anciennes forêts normandes. Le chêne des Vendeurs, dans la forêt de Montfort, mesurait treize mètres de circonférence et était haut à proportion ; le chêne Soret, dans la forêt de Belleyme, remonte à neuf cents ans ; le chêne des sept Frères, dans la forêt de Charmes (Vosges), est ainsi nommé à cause des sept tiges énormes nées de la souche. Autres géants : le chêne de Henri IV, dans la forêt de Roumare ; le chêne gigantesque surnommé « la Cuve », dans la forêt de Brotonne ; le chêne des Partisans, dans la forêt de Saint-Ouen-lez-Parez (Vosges), qui servait de point de ralliement, au commencement du XVIème siècle, aux partisans lorrains qui ravageaient la frontière française. Le chêne d'Autrage, dans le Haut-Rhin, abattu en 1860, présentait quatorze mètres de circonférence à sa base ; certains de ses rameaux avaient jusqu'à trois et quatre mètres de tour. Au débit, ce chêne a fourni cent soixante-dix stères de bois (1 stère en 50 cm de long: 0,80 m³; 1 stère en 33 cm de long: 0,70 m³; 1 stère en 25 cm de long: 0,60 m³. Ici nous ne savons pas quelle fût l'unité de mesure lors de la coupe mais elle devait être assez longue du fait de la non mécanisation des outils d'une part et du fait que les foyers réduits tels que les poëles et inserts n'existaient bien évidemment pas d'autre part). Le chêne de la Chair-au-Point, dans la forêt de Saint-Benoît-du Sault (Indre), mesurait dix-sept mètres de circonférence, à une hauteur de trois mètres au-dessus du sol. A cinq mètres de hauteur, le tronc se divisait en quatre branches, qui eussent pu fournir chacune une poutre longue de vingt mètres. Les jeunes filles du pays avaient fait une salle de danse dans la cavité de cet énorme tronc. Trois chevaux chargés s'y mettaient facilement à l'abri. Ce chêne colossal, placé sur la lisière de la forêt, a été abattu en 1833. Le chêne de la Mothe, près de Neufchâteau, atteint neuf mètres de circonférence et date probablement du XIIIème siècle. Un chêne abattu en 1825 à Treignac, dans la Corrèze, ombrageait une surface de dix ares ; son tronc présentait une circonférence de dix-huit mètres, et chacune de ses maîtresses branches avait un mètre vingt centimètres de diamètre. Cet arbre datait certainement du XIIe et peut-être même du XIe siècle. Il faudrait encore citer le chêne du comte Thibaut, dans la forêt de. Marchenoir, le chêne du Druide, dans la forêt de la Pommeraye (Maine-et-Loire), le chêne au Duc, dans la forêt de Gavre (Loire-Inférieure), etc. etc. D'autres non moins anciens, tels que les superbes arbres de là forêt de Nouvion (Aisne) ou de la forêt de Der (Haute-Marne), sont toutefois moins connus. Tous ces arbres, auxquels se rattachent le plus souvent des traditions historiques, ont été contemporains du moyen âge. Combien, hélas (!) ont disparu après avoir fait, pendant de longs siècles, l'admiration de ceux qui profitaient de leur magnifique ombrage. La disparition de ces merveilles végétales inspire un sincère et mélancolique regret. Telle a toujours été l'impression de ceux qui prisent les beautés de la nature. Ce sentiment est exprimé d'une façon naïve et poétique dans la Philippide de Guillaume le Breton, à propos de la destruction de l'orme de Gisors qui était resté, au XIIe siècle, un des derniers survivants des forêts druidiques. Mais plus les exigences de l'industrie se multiplient, plus les vieux arbres se font rares ; les forêts, en général, ne sont plus exploitées à d'assez longues révolutions. Les futaies de l'État ne représentent qu'une minime partie de la propriété boisée en France. Et puis, dans beaucoup de cas maintenant, les essences résineuses tendent à prendre la place des amentacées et des cupulifères qui produisaient la plupart des vétérans de la forêt.
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